- LUMIÈRE (L.)
- LUMIÈRE (L.)LUMIÈRE LOUIS (1864-1948)Fils d’un industriel franc-comtois spécialisé dans la fabrication de matériel photographique, Louis Lumière ne prétendit jamais au titre de cinéaste, se contentant de celui, plus humble, de physicien, doublé d’un bricoleur passionné qui se consacra jusqu’à la fin de ses jours à des recherches sur la photographie en couleurs, la stéréo-synthèse et le film en relief. Il n’«inventa» point du jour au lendemain le principe de l’enregistrement photographique du mouvement, ni l’illusion de sa reproduction, ni même la projection sur écran d’images animées, tout cela ayant été pressenti avant lui et parfois réalisé, de manière empirique, par Étienne-Jules Marey, Georges Demény, Émile Reynaud, Thomas Edison et bien d’autres. Il ne fit, aidé de son frère Auguste, que porter à leur point de perfection les travaux de ses prédécesseurs et rendre leur exploitation possible par l’utilisation de la pellicule perforée et un mécanisme simple d’enclenchement (le brevet du Cinématographe est déposé le 13 février 1895). Initialement, cette extraordinaire «machine à moudre» les images, à laquelle fut donné «le nom un peu rébarbatif de cinématographe» (pour reprendre les termes d’un journal de 1895, année de la première projection payante dans les salons du «Grand Café», à Paris, au mois de décembre, après qu’il eut été présenté, le 22 mars, à la Société d’encouragement à l’industrie nationale, et, le 17 avril, à la Sorbonne), ne représentait guère, dans l’esprit de ses créateurs, qu’une curiosité scientifique, à laquelle ils ne voyaient — ni ne souhaitaient — d’avenir commercial, et moins encore artistique.Aussi bien les petits films tournés par Louis Lumière en guise d’application pratique (Le Déjeuner de Bébé , La Sortie des usines Lumière , L’Arrivée d’un train à la Ciotat , L’Arrivée des congressistes à Neuville-sur-Saône , Baignade en mer , La Partie d’écarté , L’Arroseur arrosé ) relèvent-ils de l’amateurisme, pimenté d’intentions humoristiques ou publicitaires. Le succès imprévu de son invention le conduisit à envoyer aux quatre coins du monde des opérateurs (Georges Hatot, Félix Mesguich, Alexandre Promio) qui en rapportèrent, eux, des séquences franchement spectaculaires: réceptions, carnavals, corridas, couronnements, etc. Le pittoresque prend alors le pas sur la réalité simplement vécue. Louis Lumière, au contraire, s’intéressait à l’ordinaire de la vie, aux petits faits de tous les jours; c’est en quoi, paradoxalement, il fit œuvre durable. Son art (même s’il n’en avait pas conscience) procède de la tradition impressionniste. De Cézanne et Renoir, il a appris à peindre «sur le motif», à ne pas trop s’éloigner du sujet, à choisir le point de vue d’où l’on embrasse l’essentiel d’une action. Ses successeurs s’attacheront au sensationnel, à la collectivité trépidante; lui s’en tient à l’individu, à la scène de caractère. C’est déjà le «ciné-œil» de Dziga Vertov, le cinéma-vérité de Jean Rouch, le cinéma «direct» des metteurs en scène modernes. Y eut-il chez Lumière intuition géniale, manque d’imagination ou de moyens, absence totale de malice? Toujours est-il que, grâce à lui, le cinéma devint d’emblée le serviteur du vrai, de ce vrai qui devient beau sans le secours de nul artifice. L’événement banal et quotidien apparaît comme une fête.Lumière nous tend un miroir où notre société se regarde et se juge. Méliès nous entraînera «de l’autre côté du miroir», vers la fantaisie et le rêve. Le rayonnement parallèle, et parfois conjugué, de ces deux pionniers éclaire tout l’avenir du septième art.
Encyclopédie Universelle. 2012.